Cogitations de Sophie pendant les côtes
Publié le Par EmmanuelVoyage "cap-a-l-est"
Les côtes
Il y a celle qu'on attend, dont on connaît le profil parce qu'on a préparé la route en amont, celle qu'on redoute, d'autres qu'on découvre au détour d'un virage. Il y a celle qui nous surprend. Il y a celle qui nous réveille doucement nous tirant d'une somnolence certaine et celle qui nous achève.
Il y a la côte progressive qui s'étend sur plusieurs kilomètres, la discrète qu'on ressent à peine, la ténue. Il y a celle qui apparaît alors qu'on grimpe déjà depuis plusieurs kilomètres, c'est la côte dans la côte, la rampe, le mur. Celle qui nous laisse sans énergie, elle nous prend tout, nous sèche et nous en ressortons trempés.
Il y a celle qui nous inspire sur laquelle nous discutons sans fin, celle qui nous laisse sans voix, voire sans voie et d'autres sur lesquelles on peste. Il y a celle qui s'acoquinne avec le vent pour nous clouer sur place. Il y a les douces, les pentues, les sournoises, les rudes, les raides. Il y a celle qui s'en va tout droit et celle qui tourne. Il y a celle qui nous promet de magnifiques paysages à son sommet, celle qui tient promesse et celle qui ment. Il y a celle qui se pare d'un doux revêtement et les autres qui préfèrent les cailloux, les graviers voire le sable. Il y a celle qu'on avale au petit matin comme un bon pain, la salée, la douce, celle qui pique, l'épicée, celle qui nous donne des indigestions, celle qui nous coupe l'appétit, celle qu'on redemande.
Elles font naître en moi tout un éventail d'humeurs allant de la colère à l'extase une fois arrivée au sommet en passant par le désespoir ou l'euphorie si le vent me pousse et que mes muscles répondent bien.
Et il y a celle qu'on n'a pas osé prendre.
Finalement elles sont toutes une descente pour le cycliste qu'on croise.
Sophie.